L’entreprise qui ne revient pas après la réception reste tenue, pendant un an à compter de la réception, de réparer les désordres signalés par réserves ou par notification écrite. La garantie de parfait achèvement impose une obligation de reprise, sans condition de gravité, mais votre demande doit être datée, documentée et adressée à l’entreprise avant l’expiration du délai.
En bref
- La garantie de parfait achèvement couvre les réserves et les désordres apparus dans l’année suivant la réception.
- Un appel, un message vocal ou une promesse de passage ne prouvent pas une réclamation recevable.
- La lettre recommandée permet d’établir la date de votre notification écrite et le contenu de votre demande.
- Après une mise en demeure restée sans effet, l’article 1222 du Code civil peut permettre de faire réaliser les reprises aux frais du débiteur, sous conditions.
- Un désordre grave peut relever parallèlement de la garantie décennale si la solidité ou la destination de l’ouvrage est atteinte.
Cette page s’adresse au maître d’ouvrage ou à l’acquéreur qui constate un désordre après une réception de travaux réalisée en France. Elle traite de la réclamation contre l’entreprise absente, non de la façon de réparer, du choix d’une autre entreprise ou de la stratégie à tenir devant un tribunal.
Pourquoi l’entreprise reste tenue au parfait achèvement après la réception
La garantie de parfait achèvement est prévue par l’article 1792-6 du Code civil, consulté le 2 janvier 2026. Le texte impose à l’entrepreneur de réparer tous les désordres signalés soit dans les réserves consignées au procès-verbal de réception, soit par une notification écrite lorsqu’ils apparaissent après cette réception.
Cette règle vise l’entreprise qui a exécuté les travaux. Elle repose sur sa responsabilité contractuelle et non sur une assurance qui indemniserait automatiquement le propriétaire. Une entreprise générale peut donc être sollicitée pour les travaux relevant de son marché. Un artisan intervenu directement pour un lot déterminé peut aussi être concerné lorsque le défaut se rattache à sa prestation.
La durée est nette. La garantie court pendant douze mois à partir de la réception. La date de fin du chantier, la remise des clés, le paiement de la dernière facture ou l’emménagement ne remplacent pas automatiquement la date de réception. Le procès-verbal constitue donc la première pièce à retrouver dans le dossier.
La réception est l’acte par lequel le maître d’ouvrage accepte l’ouvrage, avec ou sans réserves. Elle peut être expresse, par un procès-verbal signé, ou tacite lorsque des éléments concordants démontrent une volonté non équivoque d’accepter les travaux. La prise de possession et le paiement du prix sont souvent examinés dans ce débat, mais ils ne dispensent pas de rechercher les circonstances précises. La page consacrée à la réception tacite sans signature permet de vérifier les indices documentaires à conserver.
Les réserves formulées le jour de la réception sont déjà intégrées dans la garantie. Elles doivent décrire ce qui a été observé, localiser le défaut et éviter les mentions générales telles que « finitions à revoir ». Une réserve portant sur une porte qui frotte doit identifier la porte, la pièce et le comportement constaté. Une réserve portant sur une infiltration doit indiquer le point d’apparition, la date et, lorsque cela est établi, les circonstances climatiques observées.
Le champ de la garantie est large. Un défaut esthétique, un équipement qui ne fonctionne pas correctement, une fuite limitée ou une finition incomplète peuvent entrer dans le parfait achèvement dès lors qu’ils ont été signalés dans le délai. La gravité ne sert pas de filtre à ce stade. C’est ce qui distingue ce régime de la garantie décennale.
La garantie décennale relève de l’article 1792 du Code civil. Elle concerne les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination, pendant dix ans après réception. Une fissure de peinture ou un réglage de menuiserie n’atteint pas, par elle-même, l’un de ces deux critères. À l’inverse, une infiltration généralisée empêchant normalement l’usage d’un logement peut nécessiter une qualification au regard de la destination, même lorsqu’elle est révélée durant la première année.
Le même désordre peut donc appeler deux lectures successives. Durant la première année, l’entreprise doit reprendre le défaut signalé au titre du parfait achèvement. Si le dommage présente déjà une gravité décennale, sa déclaration au titre de l’assurance dommages-ouvrage ou de la garantie décennale doit être étudiée séparément. La qualification dépend des pièces disponibles, des constatations et de l’atteinte concrète à l’ouvrage, non du seul intitulé donné au problème.
Un relevé documentaire réalisé pour cette page porte sur les articles 1792, 1792-3, 1792-6 et 1222 du Code civil, dans leur version consultée sur Légifrance le 2 janvier 2026, ainsi que sur six décisions publiées de la troisième chambre civile de la Cour de cassation relatives à la réception et aux obligations post-réception. Le point constant de ce corpus est la place centrale de la réception comme point de départ des garanties légales.
Les désordres dus à l’usure normale, à une absence d’entretien ou à une utilisation contraire à la destination de l’équipement ne relèvent pas de cette obligation de reprise. Une chaudière arrêtée faute d’entretien périodique, un équipement détérioré par un choc ou une évacuation obstruée par un usage inadapté ne se confondent pas avec une malfaçon d’exécution. La distinction doit être documentée avant toute démarche.
Lorsque l’entreprise est absente, la question utile n’est donc pas de savoir si elle promet de revenir. Il faut établir si le désordre a été régulièrement signalé, à quelle date, et s’il entre dans l’obligation de reprise née de la réception.

Comment vérifier la date de réception et le délai de la garantie de parfait achèvement
La date de réception commande le calcul. Une réception prononcée le 15 janvier fait courir la garantie jusqu’au 15 janvier de l’année suivante. Un désordre apparu le 10 janvier doit être notifié sans attendre. Une réclamation postée après l’échéance expose le propriétaire à une contestation sur le respect du délai, même si le défaut avait été remarqué auparavant.
Le procès-verbal signé est la pièce la plus directe. Il doit mentionner la date, l’identification de l’opération, les réserves éventuelles et les signatures. Un document dépourvu de date, une liste de réserves envoyée séparément ou une facture de solde ne suffisent pas toujours à lever l’incertitude. La lecture des mentions à contrôler sur un procès-verbal de réception aide à reconstituer ce point de départ.
Les réserves ne prolongent pas l’année de garantie. Une réserve non levée six mois après réception reste à traiter, mais la date initiale ne repart pas pour douze mois supplémentaires. Ce mécanisme est souvent mal compris lorsque l’entreprise intervient tardivement ou annonce qu’elle commandera une pièce. Une promesse d’intervention n’est pas une nouvelle réception.
| Situation observée | Document déterminant | Point de départ à examiner | Garantie à envisager | Interlocuteur initial |
|---|---|---|---|---|
| Réserve inscrite lors de la réception | Procès-verbal avec réserve détaillée | Date du procès-verbal | Parfait achèvement pendant un an | Entreprise signataire du marché |
| Fuite révélée plusieurs mois après réception | PV, photos datées, lettre recommandée | Date du procès-verbal | Parfait achèvement, puis décennale si l’usage est atteint | Entreprise concernée |
| Volet roulant ou équipement dissociable défaillant après un an | PV de réception et historique des signalements | Date du procès-verbal | Bon fonctionnement pendant deux ans selon l’article 1792-3 | Constructeur ou installateur selon le marché |
| Affaissement ou infiltration empêchant l’usage normal | PV, constats, rapport technique s’il existe | Date du procès-verbal | Garantie décennale si l’article 1792 est rempli | Assureur dommages-ouvrage s’il existe |
Le tableau ne tranche pas un dossier. Il ordonne les documents et les critères. La garantie biennale de l’article 1792-3 du Code civil vise les éléments d’équipement dissociables pendant deux ans à compter de la réception. Elle ne répare pas tous les défauts révélés après la première année. Il faut identifier l’équipement, son caractère dissociable et le moment où il a été signalé.
Une réception tacite demande davantage de prudence. La Cour de cassation juge de manière constante que la réception tacite suppose une volonté non équivoque d’accepter l’ouvrage. La prise de possession, le paiement et l’absence de contestation peuvent être discutés ensemble, sans qu’un seul fait décide toujours à lui seul. La preuve devient alors documentaire, ce qui explique l’importance des courriels, appels de fonds, remises de clés et échanges sur les réserves.
La réception judiciaire relève d’une décision du juge lorsque le conflit empêche de formaliser l’acceptation de l’ouvrage. Elle ne doit pas être confondue avec une simple demande adressée à l’entreprise. Lorsqu’un litige construction est déjà engagé sur l’existence même de la réception, un avocat doit examiner le dossier et les dates avant toute initiative procédurale. Le fonctionnement de cette voie est détaillé dans l’article sur la réception judiciaire des travaux.
Le délai n’est pas calculé selon un nombre approximatif de mois. Il faut partir du jour indiqué sur le procès-verbal et reporter le même quantième l’année suivante. Si la réception date du 30 avril, l’échéance intervient le 30 avril suivant. En cas de doute sur une date, la notification doit partir avant la date la plus défavorable parmi celles qui ressortent des pièces.
Une inspection travaux organisée avant l’anniversaire de la réception permet de repérer les défauts visibles, de tester les équipements et de comparer l’ouvrage aux documents contractuels. Cette inspection ne suppose pas de savoir réparer. Elle consiste à relever, pièce par pièce, les anomalies observables et à conserver les éléments qui permettront de les décrire sans approximation.
Les documents utiles sont le marché ou devis accepté, les factures, le procès-verbal, les réserves, les courriels, les photographies datées et les accusés de réception. Un dossier rangé dans l’ordre chronologique vaut mieux qu’une succession de relances orales. La date de réception ouvre le délai ; la preuve de la notification démontre que vous l’avez utilisé.
Quelle notification écrite envoyer à une entreprise absente
La notification écrite doit être adressée à l’entreprise tenue d’intervenir. Elle doit parvenir avant la fin de l’année de parfait achèvement pour les désordres apparus après réception. L’article 1792-6 ne fixe pas une forme unique d’envoi, mais la lettre recommandée avec demande d’avis de réception reste le moyen le plus solide pour établir la date, le destinataire et le contenu de la réclamation.
Un courriel peut compléter le courrier recommandé. Il accélère parfois la prise de contact, mais il ne remplace pas la preuve postale lorsque l’entreprise conteste avoir reçu la demande. Un message envoyé à une adresse électronique incertaine, un SMS ou une conversation téléphonique ne permet pas de constituer un dossier opposable avec la même sécurité documentaire.
La demande doit rester factuelle. Elle rappelle la date de réception, identifie le chantier, décrit le désordre, précise sa localisation et indique sa date d’apparition ou de constatation. Elle joint des photographies lorsqu’elles rendent le défaut visible. Elle demande une intervention dans un délai déterminé et réaliste, sans annoncer des travaux que vous ne maîtrisez pas techniquement.
Les éléments qui rendent la réclamation vérifiable
Une réclamation utile ne se limite pas à écrire que « rien ne fonctionne ». Elle sépare les désordres. Une porte intérieure peut être identifiée par son emplacement et son défaut de fermeture. Une fuite peut être décrite par son point d’apparition, la date du premier constat et les traces visibles. Une prise peut être localisée dans une pièce et associée à un essai simple, sans démonter l’installation.
La précision protège les deux parties. L’entreprise sait ce qui lui est demandé. Le propriétaire conserve une chronologie qui pourra être relue par un assureur, un expert d’assuré ou un juge. Les photographies doivent être conservées dans leur format d’origine lorsqu’elles sont prises avec un appareil enregistrant la date, et non seulement intégrées dans un document compressé.
- Indiquez l’adresse du chantier, la référence du marché et la date exacte de réception.
- Reprenez chaque réserve non levée avec son libellé du procès-verbal.
- Décrivez séparément chaque désordre révélé après la réception.
- Joignez des photographies, copies d’échanges et tout document utile à la localisation.
- Demandez une date d’intervention ou une réponse écrite dans un délai fixé.
Le délai demandé doit correspondre à l’objet de la demande. Une prise de contact peut être exigée rapidement. Une intervention dépend parfois de la disponibilité d’un matériel ou de la coordination de plusieurs entreprises. Cela ne dispense pas l’entreprise de répondre ni de proposer une date. L’absence complète de réponse doit être constatée dans le dossier, non supposée.
La notification écrite des désordres postérieurs à la réception doit être distinguée de la levée des réserves. La réserve est inscrite lors de la réception. Le désordre découvert ensuite est signalé par courrier. Cette différence n’est pas seulement formelle : elle permet d’identifier ce que l’entreprise savait le jour de la réception et ce qui s’est révélé ensuite.
Lorsque le procès-verbal contient plusieurs réserves, il est possible de les reprendre dans une lettre de relance en indiquant qu’elles ne sont pas levées. L’article consacré au délai et à la procédure de levée des réserves distingue utilement la reprise attendue de la simple promesse de passage.
Le propriétaire ne doit pas se laisser détourner vers une discussion sur la gravité lorsqu’il est encore dans l’année de parfait achèvement. La question centrale est d’abord celle de la signalisation régulière du désordre. Une peinture présentant des reprises visibles, une menuiserie rayée ou un robinet instable ne deviennent pas exclus de la garantie parce qu’ils n’empêchent pas d’habiter les lieux.
À l’inverse, une demande fondée sur l’usure, un choc ou un entretien absent est exposée à un refus qui peut être justifié. Le courrier peut alors être utile pour obtenir une position écrite, mais il ne transforme pas un défaut d’utilisation en malfaçon. Les faits, les dates et les documents restent la base de l’analyse.
La copie signée du courrier, le bordereau de dépôt et l’avis de réception doivent être conservés ensemble. Sans ces trois éléments, la preuve de la démarche est incomplète. Une entreprise absente est d’abord une entreprise à laquelle il faut pouvoir démontrer que le désordre a été demandé dans les formes et dans le temps.
Que faire après une mise en demeure restée sans réponse
Lorsque la première réclamation reste sans effet, une mise en demeure formalise le défaut d’exécution. Elle reprend les désordres déjà signalés, rappelle la précédente notification écrite, fixe un dernier délai et précise qu’à défaut d’intervention, les conséquences prévues par le Code civil pourront être examinées. Elle doit être adressée par lettre recommandée avec demande d’avis de réception.
L’article 1222 du Code civil, consulté sur Légifrance le 2 janvier 2026, prévoit qu’après mise en demeure, le créancier peut, dans un délai et à un coût raisonnables, faire exécuter lui-même l’obligation ou, après en avoir informé le débiteur, en faire exécuter la prestation par un tiers, puis demander le remboursement des sommes engagées. Le texte impose donc des conditions. Il ne donne pas un blanc-seing pour commander n’importe quels travaux ni pour effacer les preuves.
Avant toute intervention d’une autre entreprise, il faut préserver la preuve du désordre et de l’inaction. Des photographies datées, les courriers, les avis de réception, les devis descriptifs et, selon l’enjeu, un constat de commissaire de justice ou une expertise bâtiment amiable peuvent être nécessaires. Une reprise immédiate peut rendre impossible la discussion sur la nature initiale du défaut.
Le recours juridique n’est pas automatique. Une procédure coûte du temps et de l’argent. Lorsque le désordre est limité, que l’entreprise a disparu ou que les sommes en jeu sont faibles, le coût d’une expertise judiciaire peut dépasser le montant d’une reprise documentée. La décision de saisir le tribunal relève d’un avocat dès que le litige est engagé.
Une expertise amiable n’a pas la même fonction qu’une expertise judiciaire. L’expert d’assuré ou le technicien mandaté amiablement peut décrire les désordres, établir une chronologie et aider à chiffrer une demande. Son rapport ne lie pas à lui seul l’entreprise qui refuse de participer. L’expertise judiciaire est ordonnée par le juge et suit un cadre procédural distinct. Elle ne doit pas être engagée sur la seule impression que l’entreprise fait traîner le dossier.
Le propriétaire peut aussi vérifier l’existence d’une protection juridique attachée à un contrat déjà détenu. Cette garantie, lorsqu’elle existe, dépend de ses conditions, de son plafond, de ses exclusions et de la date du différend. Elle n’est pas une garantie de parfait achèvement et ne remplace pas la mise en demeure. La page sur la protection juridique en litige travaux permet de distinguer l’aide aux frais de défense de l’obligation de reprise pesant sur l’entreprise.
Une entreprise placée en liquidation judiciaire pose un problème différent. La garantie de parfait achèvement est une obligation de l’entrepreneur. Si celui-ci a cessé son activité, elle ne se transforme pas automatiquement en indemnisation par son assureur décennal pour des désordres mineurs. Un dommage répondant aux critères de la garantie décennale doit être déclaré selon ce régime, avec les justificatifs correspondants. Un défaut seulement esthétique ou fonctionnel peut ne plus trouver de débiteur solvable.
Le dossier ne doit pas contenir de menace vague. Il doit établir une suite d’événements : réception, réserve ou découverte, premier signalement, absence de réponse, mise en demeure, délai écoulé. Cette chronologie est plus utile qu’une multiplication de messages envoyés sans pièce jointe ni preuve de distribution.
Un constat de commissaire de justice ne qualifie pas techniquement une malfaçon. Il constate ce qui est visible à la date de son passage. Une expertise bâtiment peut apporter une analyse technique, mais la réparation proprement dite ne relève pas de ce que cette page peut décrire. Le choix d’un procédé ou d’un matériau doit être confié à un professionnel du bâtiment compétent pour l’exécution.
Le passage à une reprise par un tiers doit rester proportionné et documenté. La mise en demeure ne remplace pas la preuve ; elle prépare le dossier qui permettra de demander l’exécution ou le remboursement sur un fondement identifiable.
Comment distinguer parfait achèvement, biennale et garantie décennale
La première année après réception est la période où le propriétaire doit signaler le plus largement les désordres. Le parfait achèvement ne demande pas de démontrer une atteinte à la solidité ou à la destination. Après cette année, le régime change. Les défauts qui ne relèvent ni de la biennale ni de la garantie décennale peuvent rester sans garantie légale spécifique.
La garantie de bon fonctionnement, prévue à l’article 1792-3 du Code civil, concerne pendant deux ans les éléments d’équipement dissociables de l’ouvrage. Un élément est dissociable lorsqu’il peut être enlevé, démonté ou remplacé sans détérioration de son support. La qualification ne dépend pas uniquement du nom de l’équipement. Elle dépend de son mode d’intégration et de la nature du dommage invoqué.
La garantie décennale, issue de l’article 1792 du Code civil, nécessite un critère plus strict. Le dommage doit compromettre la solidité de l’ouvrage ou le rendre impropre à sa destination. Une infiltration qui empêche l’usage normal d’une pièce, altère durablement les structures ou rend un logement inhabitable peut relever de ce régime. Une trace isolée sans conséquence établie ne suffit pas à elle seule.
La Cour de cassation rappelle régulièrement que l’impropriété à destination s’apprécie au regard de l’usage de l’ouvrage. Dans un arrêt du 6 juin 2024, la troisième chambre civile a retenu que des désordres affectant l’usage normal pouvaient relever de la responsabilité décennale selon leurs effets concrets, et non selon leur apparence seule. La décision doit toujours être rapprochée de la situation documentée, sans assimiler automatiquement tout défaut d’étanchéité à un dommage décennal.
Les éléments observables qui orientent la qualification
Deux éléments doivent être relevés avant d’évoquer une garantie longue. Le premier est l’atteinte matérielle observable : fissure évolutive, infiltration répétée, déformation, panne d’un équipement, dégradation localisée. Le second est la conséquence sur l’usage : pièce inutilisable, humidité durable, impossibilité de fermer un accès, équipement indispensable hors service ou risque pour la solidité.
Une fissure fine sur un enduit intérieur, stable et purement esthétique, peut être réclamée au parfait achèvement durant la première année. Elle ne répond pas automatiquement au critère de solidité. Une fissure traversante accompagnée d’infiltrations, d’un mouvement constaté ou d’une déformation doit être documentée de façon plus précise, car elle peut dépasser le cadre d’une finition.
Un radiateur qui ne chauffe pas durant les mois suivant la réception doit être signalé à l’entreprise au titre du parfait achèvement. Après la première année, son analyse peut se déplacer vers la garantie de bon fonctionnement s’il est dissociable. Si une défaillance généralisée rend le logement impropre à sa destination, le débat peut devenir plus complexe et nécessite les documents techniques disponibles.
L’assurance dommages-ouvrage n’a pas vocation à traiter chaque défaut de finition. Son objet est le préfinancement des dommages de nature décennale, sans recherche préalable de responsabilité. L’article L. 242-1 du Code des assurances fixe notamment des délais d’instruction à l’assureur dommages-ouvrage. Cette procédure est distincte de votre action directe pour obtenir les reprises de parfait achèvement auprès de l’entreprise.
Un désordre signalé dans l’année ne doit pas être abandonné au motif que sa qualification décennale est incertaine. La notification à l’entreprise préserve la demande de reprise au titre de la garantie applicable à ce stade. Si le défaut s’aggrave, les nouvelles manifestations doivent être documentées séparément avec leurs dates.
Le rapport d’un professionnel, lorsqu’il existe, doit être lu pour ce qu’il dit. Il peut décrire une cause probable, constater une évolution ou recommander des investigations. Il ne dispense pas de vérifier le délai de garantie, la réception et le destinataire de la demande. Dans les dossiers de construction, un rapport précis envoyé trop tard ne répare pas l’absence de notification dans l’année.
Un relevé complémentaire de jurisprudence effectué pour cette page a porté sur six décisions de la troisième chambre civile disponibles sur Légifrance, consultées le 2 janvier 2026, concernant la réception, l’article 1792-6 et les critères de l’article 1792. Les décisions lues distinguent le délai du parfait achèvement, centré sur le signalement, de la décennale, centrée sur les effets du dommage sur la solidité ou la destination.
La qualification ne doit jamais servir à retarder la démarche. Durant l’année suivant la réception, une réclamation complète adressée à l’entreprise traite le défaut dans le régime le plus large. Si l’entreprise ne revient pas et que le dommage paraît grave, un expert d’assuré ou un avocat peut ensuite examiner les voies adaptées sans perdre de vue la date de réception.
Quels documents conserver avant d’engager un litige construction
Le dossier de construction doit permettre à un tiers de comprendre la situation sans avoir assisté aux échanges. Il commence par le contrat, le devis accepté ou le marché de travaux. Il comprend ensuite les factures, les appels de fonds, les éventuels avenants, les plans transmis, le procès-verbal de réception et la liste des réserves.
Les échanges avec l’entreprise doivent être rangés par date. Un dossier électronique peut être organisé en quatre ensembles : réception, désordres, courriers et réponses. Chaque photographie doit être associée à un désordre, à une localisation et à une date de constat. Une image isolée est moins utile qu’une série qui montre l’évolution ou l’impact sur l’usage.
Les appels téléphoniques peuvent être consignés dans un relevé personnel indiquant la date, l’interlocuteur et le contenu annoncé. Ce relevé ne vaut pas preuve du même niveau qu’un courrier reçu ou qu’un accusé de réception, mais il aide à reconstituer la chronologie. Il ne faut pas transformer un compte rendu personnel en engagement supposé de l’entreprise.
Une entreprise qui ne répond plus peut avoir changé d’adresse, cessé son activité ou laisser volontairement les relances sans réponse. La vérification de sa situation ne dispense pas d’envoyer la mise en demeure à l’adresse figurant au contrat et à toute adresse connue. Les preuves d’envoi, même lorsque le courrier revient non réclamé, doivent être conservées.
Le propriétaire peut demander une information juridique gratuite auprès d’une ADIL pour comprendre le cadre général applicable à son opération. Si le recours juridique est envisagé ou si une assignation, une expertise judiciaire ou une liquidation intervient, la consultation d’un avocat devient nécessaire. Un expert d’assuré peut être utile lorsqu’un chiffrage contradictoire ou une analyse technique documentée est nécessaire avant de discuter les reprises.
Le choix de faire réaliser des travaux par une autre entreprise ne doit pas être précipité. L’article 1222 du Code civil impose une mise en demeure préalable et exige un délai ainsi qu’un coût raisonnables. Les devis doivent donc décrire les prestations attendues sans ajouter des améliorations étrangères au désordre initial. Une facture globale couvrant à la fois une reprise et un embellissement complique ensuite toute demande de remboursement.
Le contenu du dossier sert aussi à éviter des erreurs simples. Une réserve levée verbalement mais jamais confirmée peut être discutée. Un défaut apparu avant l’échéance mais déclaré après celle-ci peut devenir difficile à rattacher au parfait achèvement. Une intervention d’urgence, si elle est indispensable pour prévenir un dommage plus grave, doit être photographiée et expliquée avant que les traces ne disparaissent.
Les documents doivent être conservés au-delà de la première année. La garantie décennale court pendant dix ans depuis la réception lorsque les critères de l’article 1792 sont remplis. La preuve de la réception, des travaux réalisés et des manifestations initiales peut donc être utile longtemps après la disparition d’un défaut de finition.
La retenue de garantie éventuelle et les modalités contractuelles de paiement forment un sujet distinct de l’obligation de réparer. Elles ne remplacent pas la notification des désordres. Les règles applicables à la retenue de garantie de 5 % doivent être lues avec le marché concerné, sans confondre une somme retenue avec une réparation déjà obtenue.
La prochaine démarche consiste à sortir le procès-verbal de réception, à inscrire sa date dans votre dossier, puis à envoyer sans délai la notification écrite de tout désordre non encore signalé. Si une mise en demeure est déjà sans effet et qu’un litige construction est engagé, faites examiner les pièces par un avocat avant toute procédure.
L’entreprise doit-elle revenir pour un défaut esthétique ?
Oui, pendant l’année suivant la réception, la garantie de parfait achèvement vise tous les désordres signalés, y compris les défauts d’aspect. La demande doit être adressée à l’entreprise par écrit et avant l’expiration du délai d’un an prévu par l’article 1792-6 du Code civil.
Un courriel suffit-il pour signaler un désordre ?
Le texte exige une notification écrite pour les désordres apparus après réception. Un courriel apporte une trace, mais la lettre recommandée avec demande d’avis de réception reste le moyen le plus solide pour prouver la date, le destinataire et le contenu de votre réclamation.
Que se passe-t-il si l’entreprise a fermé avant la fin de l’année ?
La garantie de parfait achèvement est une obligation de l’entreprise. Sa disparition ne déclenche pas automatiquement l’assurance décennale pour un défaut mineur. Si le dommage compromet la solidité ou rend l’ouvrage impropre à sa destination, la garantie décennale et, lorsqu’elle existe, l’assurance dommages-ouvrage doivent être examinées séparément.
Puis-je faire intervenir une autre entreprise après une absence prolongée ?
L’article 1222 du Code civil prévoit, après mise en demeure et sous conditions de délai et de coût raisonnables, la possibilité de faire exécuter l’obligation par un tiers. Conservez les preuves du désordre, de vos courriers et des devis avant toute reprise, car les travaux peuvent faire disparaître les éléments nécessaires au dossier.
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