Après une déclaration complète de sinistre dommages-ouvrage, l’assureur doit notifier sa position dans un délai de 60 jours, puis présenter une offre dans les 90 jours. Son mutisme ne met pas fin à votre garantie. Il peut ouvrir le droit d’engager les dépenses nécessaires, sous les conditions prévues par l’article L. 242-1 du Code des assurances.
- Le délai court à compter de la réception d’une déclaration complète par l’assureur, non de la simple apparition du désordre.
- Une absence de réponse dans les 60 jours emporte, en principe, acceptation de la garantie dommages-ouvrage.
- Sans offre dans les 90 jours, vous pouvez financer les travaux nécessaires après notification à l’assureur, avec intérêts majorés.
- Les courriers, photographies datées, devis et rapport d’expertise servent à établir la date, la gravité et le coût du sinistre.
Cette page concerne le propriétaire ou maître d’ouvrage confronté à un assureur dommages-ouvrage muet après réception des travaux. Elle ne traite ni de la souscription d’une assurance, ni du choix des techniques de réparation, ni de la stratégie à adopter devant un tribunal lorsqu’un litige est déjà engagé.
À partir de quelle date le silence de l’assureur dommages-ouvrage produit-il un effet ?
Le silence ne se calcule pas à partir du jour où vous constatez une fissure, une infiltration ou un affaissement. Il se calcule à partir de la réception, par l’assureur, d’une déclaration de sinistre suffisamment complète. L’article L. 242-1 du Code des assurances, consulté le 25 juin 2026, impose à l’assureur dommages-ouvrage de notifier sa décision sur le principe de la mise en jeu de la garantie dans un délai de soixante jours à compter de cette réception.
Une déclaration incomplète expose le dossier à une contestation sur son point de départ. La date figurant sur votre courrier n’est pas suffisante. Il faut pouvoir démontrer la date à laquelle l’assureur a reçu le document. La lettre recommandée avec avis de réception reste la preuve la plus directe. Un envoi par courriel peut compléter le dossier, mais il ne remplace pas la preuve d’une réception si le contrat ou l’assureur réclame un formalisme particulier.
Le dossier doit identifier le bien, le contrat dommages-ouvrage, la date de réception de l’ouvrage et la nature du désordre. Une formule comme « infiltration importante » est trop courte. Écrivez ce qui est observable et localisable, par exemple une infiltration au plafond du séjour après chaque épisode pluvieux, une fissure traversante en façade, ou un affaissement localisé du sol intérieur. Joignez des photographies datées, le procès-verbal de réception, les échanges déjà intervenus et les devis disponibles, sans attendre d’avoir fait réaliser les travaux.
Le délai de 60 jours concerne la position sur la garantie
Dans les 60 jours, l’assureur doit vous indiquer s’il accepte ou refuse de mobiliser la garantie. Ce premier délai ne fixe pas encore le montant de l’indemnisation. Il porte sur la garantie elle-même. L’assureur examine alors si le désordre déclaré peut relever de la responsabilité décennale, c’est-à-dire s’il compromet la solidité de l’ouvrage ou le rend impropre à sa destination, selon l’article 1792 du Code civil, consulté le 25 juin 2026.
Une simple dégradation visuelle ne relève pas automatiquement de ce régime. Une microfissure de surface sans infiltration, sans évolution documentée et sans atteinte à l’usage peut relever d’un défaut d’aspect. À l’inverse, des infiltrations récurrentes dans un logement, affectant l’usage normal des pièces, peuvent caractériser une impropriété à destination. Le rapport d’expertise, lorsqu’il existe, décrit les éléments qui fondent cette distinction.
Le relevé documentaire effectué pour cette page le 25 juin 2026 porte sur quatre textes primaires consultés sur Légifrance : les articles 1792 du Code civil, L. 242-1 et A. 243-1 du Code des assurances, ainsi que l’annexe II relative aux clauses types. Les textes distinguent clairement le délai de décision sur la garantie, le délai de l’offre et les conséquences attachées à leur dépassement. Aucun de ces délais ne dispense le propriétaire de constituer une preuve écrite de sa déclaration.
Vous pouvez utiliser le repère des délais dommages-ouvrage pour reporter la date exacte de réception de votre déclaration. Le calcul doit partir de cette date prouvée. Sans accusé de réception, la discussion sur le délai devient souvent plus longue que celle sur le désordre lui-même.

Quels engagements pouvez-vous prendre après 60 jours sans réponse ?
Lorsque l’assureur ne notifie aucune position dans le délai légal de soixante jours, l’article L. 242-1 prévoit que la garantie est acquise. Cette règle ne signifie pas que tout montant demandé devient automatiquement payable. Elle signifie que l’assureur ne peut plus opposer un refus fondé sur l’absence de garantie, sous réserve des circonstances particulières prévues par le texte, notamment lorsque l’assuré a lui-même empêché l’instruction du dossier.
Le premier engagement utile consiste à adresser une relance formelle. Elle rappelle la date de réception de la déclaration, le numéro du dossier si l’assureur en a attribué un, la date d’expiration du délai de soixante jours et l’absence de position reçue. Joignez une copie de l’avis de réception. Cette relance n’est pas une formalité décorative. Elle fixe les faits dans un document daté et limite le risque d’un désaccord ultérieur sur la chronologie.
Ne confondez pas l’absence de réponse avec une autorisation technique de commencer n’importe quels travaux. Le droit à indemnisation concerne les dépenses nécessaires à la réparation des dommages de nature décennale. Comment reprendre une étanchéité, stabiliser une structure ou remplacer un élément ne relève pas de cette page. C’est une question d’exécution à soumettre à un professionnel du bâtiment compétent.
Le délai de 90 jours encadre l’offre d’indemnisation
Après la réception de votre déclaration complète, l’assureur doit également présenter une offre d’indemnité dans un délai maximal de 90 jours. Le même article L. 242-1 du Code des assurances prévoit cette échéance. L’offre doit permettre de financer les réparations nécessaires au dommage garanti. Elle n’est pas un simple message indiquant que le dossier est « en cours de traitement ».
| Situation constatée | Texte applicable | Effet pour la garantie | Démarche documentée |
|---|---|---|---|
| Aucune position reçue après 60 jours | Article L. 242-1 du Code des assurances | La garantie est acquise, sauf empêchement imputable à l’assuré ou cas prévu par le texte | Notifier le dépassement avec la preuve de réception de la déclaration |
| Garantie acceptée mais aucune offre après 90 jours | Article L. 242-1 du Code des assurances | Possibilité d’engager les dépenses nécessaires après notification à l’assureur | Faire établir des devis circonstanciés et conserver chaque facture |
| Offre reçue mais manifestement insuffisante | Article L. 242-1 et pièces contractuelles | La discussion porte sur le montant des travaux nécessaires | Demander un chiffrage contradictoire et conserver le rapport d’expertise |
| Déclaration non prouvée ou imprécise | Annexe II à l’article A. 243-1 du Code des assurances | Le point de départ des délais peut être contesté | Renvoyer un dossier complet en recommandé avec avis de réception |
Le tableau distingue deux moments. Après 60 jours, le débat sur le principe de la garantie est fermé dans les conditions légales. Après 90 jours sans offre, la question devient financière : quelles dépenses sont nécessaires pour remédier au désordre garanti ? Les devis doivent donc décrire les travaux envisagés, leurs postes et leur lien avec le sinistre déclaré. Un devis global sans description rend le contrôle plus difficile.
La procédure de déclaration détaillée dans ce guide pour déclarer un sinistre dommages-ouvrage permet de vérifier les pièces avant toute relance. Un dossier précis évite à l’assureur de soutenir que le délai n’a jamais commencé à courir faute d’informations suffisantes.
Comment engager les dépenses nécessaires sans perdre la preuve du sinistre ?
Le dépassement du délai de 90 jours ne vous autorise pas à faire disparaître les traces du désordre avant que les faits soient documentés. L’article L. 242-1 ouvre la possibilité d’engager les dépenses nécessaires après notification à l’assureur lorsque celui-ci ne respecte pas son obligation d’offre. Il prévoit aussi une indemnité majorée d’un intérêt égal au double du taux de l’intérêt légal. Le texte a été consulté sur Légifrance le 25 juin 2026.
Dans les dossiers de dommages-ouvrage, la difficulté ne vient pas seulement de l’absence de courrier de l’assureur. Elle vient souvent d’une réparation exécutée trop tôt, sans constat contradictoire et sans devis détaillé. Lorsque le désordre a été modifié ou effacé, il devient plus difficile d’établir son étendue, son origine et le caractère nécessaire des dépenses. Vous devez donc conserver un état initial documentaire : photographies datées, échanges, constats, rapports et devis.
Les pièces qui soutiennent réellement votre demande d’indemnisation
Un dossier utile ne cherche pas à convaincre par le volume. Il doit permettre de répondre à quatre questions : quel désordre est constaté, où se situe-t-il, quand est-il apparu et quelles dépenses paraissent nécessaires pour y remédier ? Les photographies doivent montrer les vues générales et les détails. Les courriers doivent être conservés avec leurs pièces jointes. Les devis doivent porter sur le désordre concerné, non sur une amélioration globale du logement.
- Conservez la déclaration initiale, l’avis de réception et toute réponse, même automatique, de l’assureur.
- Adressez une notification écrite avant d’engager les dépenses, en rappelant les délais expirés.
- Demandez un ou plusieurs devis décrivant précisément les postes liés au sinistre.
- Gardez les factures, preuves de paiement et photographies prises avant, pendant et après l’intervention.
- Classez séparément les travaux urgents de sauvegarde et les travaux de réparation définitive.
Les mesures de sauvegarde répondent à une logique différente des travaux définitifs. Une protection provisoire contre une infiltration active peut être nécessaire pour éviter l’aggravation. En revanche, la reprise complète d’un ouvrage doit rester documentée et liée à une évaluation identifiable. Cette distinction protège votre demande d’indemnisation si l’assureur conteste ensuite le montant engagé.
La Cour de cassation rappelle régulièrement que l’assurance dommages-ouvrage a pour fonction de préfinancer la réparation des désordres de nature décennale, sans attendre la recherche des responsabilités. La responsabilité du constructeur est ensuite traitée entre assureurs dans le cadre des recours. Pour le propriétaire, le point déterminant reste la qualification du dommage au regard de l’article 1792 du Code civil et la preuve des dépenses nécessaires.
Si l’assureur ne répond toujours pas après votre notification, un expert d’assuré peut être sollicité pour établir un chiffrage contradictoire. Cette intervention a un coût et ne vaut pas toujours la peine pour un désordre limité. Lorsque le litige est engagé, qu’une expertise judiciaire est envisagée ou qu’une assignation a été délivrée, l’analyse relève d’un avocat. Le site ne peut pas recommander une stratégie contentieuse dans un dossier individuel.
Quels désordres peuvent justifier une indemnisation dommages-ouvrage malgré le mutisme ?
Le silence de l’assureur ne transforme pas un défaut esthétique en dommage décennal. La garantie dommages-ouvrage préfinance les réparations des désordres qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Ces deux critères figurent à l’article 1792 du Code civil. Le dommage doit également se manifester dans le délai décennal, qui court en principe à compter de la réception des travaux.
Une infiltration répétée provenant d’une toiture ou d’une étanchéité peut rendre certaines pièces inutilisables, dégrader les revêtements et empêcher l’usage normal du logement. Dans cette situation, le critère à examiner est l’impropriété à destination. Une fissure évolutive affectant un mur porteur, un tassement de fondation ou un affaissement de plancher peut relever d’une atteinte à la solidité de l’ouvrage. La qualification dépend des pièces du dossier, notamment du rapport d’expertise.
Ce qui sépare un défaut d’aspect d’un désordre décennal
Une peinture irrégulière, une rayure de revêtement ou une finition mal exécutée peuvent être gênantes sans rendre l’ouvrage impropre à sa destination. Ces désordres relèvent fréquemment de la garantie de parfait achèvement lorsque la réception date de moins d’un an, ou d’une discussion contractuelle avec l’entreprise. Ils ne justifient pas, à eux seuls, une indemnisation dommages-ouvrage.
La même prudence s’applique aux équipements dissociables. Un radiateur démontable, un volet ou un appareil facilement remplaçable peut relever de la garantie de bon fonctionnement pendant deux ans, selon l’article 1792-3 du Code civil. Le régime change si la défaillance de l’équipement rend l’ouvrage entier impropre à sa destination. La Cour de cassation a admis, dans certaines affaires, qu’un élément d’équipement puisse relever de la décennale lorsqu’il entraîne une impropriété à destination, même sur existant. La qualification ne peut donc pas se réduire au nom de l’équipement.
Les installations photovoltaïques donnent souvent lieu à cette hésitation. Une panne de production seule n’emporte pas nécessairement une garantie décennale. Lorsqu’un équipement affecte l’étanchéité de la toiture ou rend le bâtiment impropre à son usage, l’analyse change. La page consacrée aux panneaux solaires et à la garantie applicable distingue ces situations selon le dommage observé et le point de départ du délai.
Une piscine enterrée, une véranda maçonnée ou une extension peuvent également être des ouvrages relevant de la responsabilité décennale si le désordre atteint leur solidité ou leur destination. Leur simple présence ne suffit pas. Une fissure décorative sur un parement ne se traite pas comme une fuite persistante rendant le bassin inutilisable ou une structure instable. Pour les ouvrages annexes, les repères consacrés aux désordres décennaux d’une piscine enterrée permettent d’identifier les pièces à conserver.
Le mutisme de l’assureur a des conséquences procédurales, pas techniques. Il ne dispense pas de démontrer que le sinistre entre dans le champ de la garantie. La déclaration doit donc décrire les effets concrets sur la solidité ou l’usage, plutôt que qualifier vous-même les travaux à réaliser.
Comment préserver vos droits si l’assureur dommages-ouvrage reste muet après relance ?
Après une relance restée sans effet, le dossier doit être tenu comme un dossier de preuve. Conservez les originaux des avis de réception, les copies intégrales des courriers et les pièces transmises. Notez les appels téléphoniques avec leur date, le numéro appelé, l’identité de l’interlocuteur lorsqu’elle est connue et le contenu de l’échange. Un appel ne remplace jamais une notification écrite, mais il peut expliquer une chronologie.
L’assureur peut soutenir qu’un document manque, qu’une pièce est illisible ou que la déclaration ne permet pas de localiser le dommage. Une réponse utile ne se limite pas à contester cette affirmation. Renvoyez les pièces demandées avec un bordereau précis et une preuve de réception. Si l’assureur a reçu les éléments nécessaires, les délais légaux ne peuvent pas être repoussés par la seule absence de traitement interne.
La vente du bien ne fait pas disparaître la garantie attachée à l’ouvrage
L’assurance dommages-ouvrage est attachée à l’ouvrage. En cas de revente pendant la période décennale, l’acquéreur bénéficie de la garantie pour les désordres entrant dans son champ. L’article L. 242-1 organise cette protection au bénéfice des propriétaires successifs. Il est donc nécessaire de transmettre l’attestation, les déclarations de sinistre et l’ensemble des échanges à l’acquéreur.
La vente ne règle pas automatiquement les questions nées d’un sinistre déjà déclaré. Le vendeur, l’acquéreur et l’assureur peuvent devoir établir qui reçoit l’indemnisation selon la date du dommage, la cession du bien et les stipulations de l’acte de vente. Le dossier doit être examiné par un professionnel lorsque le désaccord est né. La page portant sur la vente d’une maison sans dommages-ouvrage détaille les documents à vérifier avant la signature.
Une entreprise disparue, radiée ou placée en liquidation ne met pas fin, à elle seule, à la garantie dommages-ouvrage. C’est précisément l’une des fonctions du préfinancement : le propriétaire n’a pas à identifier et poursuivre d’abord chaque intervenant responsable. L’assureur dommages-ouvrage indemnise le dommage garanti, puis exerce ses recours. La difficulté principale reste donc d’établir que le désordre est de nature décennale et que la déclaration est intervenue dans le bon délai.
Le délai décennal ne se confond pas avec les délais de l’assureur dommages-ouvrage. La garantie décennale expire normalement dix ans après la réception. Les délais de 60 et 90 jours mesurent, eux, l’obligation de réaction de l’assureur après votre déclaration. Sortez le procès-verbal de réception, relevez sa date et comparez-la à la date d’apparition du désordre. Si la réception est incertaine, une réception tacite peut être discutée ; cette question nécessite une analyse juridique des faits et des documents.
La méthode suivie pour cette page a consisté à consulter, le 25 juin 2026, les articles 1792 du Code civil, L. 242-1 et A. 243-1 du Code des assurances sur Légifrance, ainsi que les clauses types de l’annexe II. Le contenu est informatif. Il ne prend position sur aucun dossier individuel ; un avocat doit être consulté lorsque le litige est engagé, et un expert d’assuré peut chiffrer contradictoirement les désordres complexes.
L’assureur dommages-ouvrage peut-il garder le silence plus de 60 jours ?
L’article L. 242-1 du Code des assurances fixe un délai de 60 jours à compter de la réception d’une déclaration complète pour notifier une position sur la garantie. En l’absence de réponse dans ce délai, la garantie est acquise dans les conditions prévues par le texte.
Puis-je commencer les travaux après 90 jours sans offre d’indemnisation ?
Lorsque l’assureur ne présente pas d’offre dans les 90 jours, vous pouvez engager les dépenses nécessaires après l’en avoir notifié. Conservez les preuves du désordre, les devis détaillés, les factures et les preuves de paiement.
Le silence de l’assureur couvre-t-il un défaut esthétique ?
Non. Le dépassement des délais ne transforme pas un défaut d’aspect en sinistre décennal. Le désordre doit compromettre la solidité de l’ouvrage ou le rendre impropre à sa destination au sens de l’article 1792 du Code civil.
Que faut-il envoyer avec une relance à l’assureur ?
Joignez la copie de votre déclaration initiale, l’avis de réception, les photographies datées, la date de réception des travaux, les rapports disponibles et les devis liés au désordre. Rappelez la date d’expiration du délai applicable.
Le dossier complet Garantie décennale : comment la faire jouer après un désordre
